05/10/2015
Edito MotorMag d'octobre :
Réprimez autant que vous voulez, ça ne changera rien !
Dans le développement d'un pays, il y a de nombreuses étapes et surtout un ordre pour les franchir. Dans le cadre de la sécurité routière c'est la même chose.
Lorsqu'un pays développé adopte un système de répression fait de radars, de contrôles et de “tolérance zéro”, il peut se le permettre car il a déjà effectué toutes les étapes qui passent avant, à savoir l'éducation en premier puis la prévention en second. A Maurice, les têtes pensantes n'ont pas encore compris que faire comme les voisins n'est pas forcément la solution. Ils pensent qu'en durcissant la répression, les accidents vont diminuer voir disparaître comme par miracle. C'est un peu comme si au lieu d'éduquer un enfant en lui apprenant les choses au fur et à mesure, on décidait tout d'un coup qu'en le punissant il allait immédiatement s'améliorer sur les choses que personne ne lui a jamais enseignées.
La répression ne peut avoir d'effet que si l'éducation a déjà été faite. Et qui oserait dire que l'éducation des Mauriciens à l'utilisation de la route est suffisante ?
Avant même de parler de la supercherie que constitue l'épreuve du permis de conduire, quelle formation à l'utilisation de la route et à ses dangers, les jeunes Mauriciens reçoivent-ils ? Et pour tous ceux qui n'ont jamais été à l'école, qu'est-ce que le système prévoit ?
La route et les transports présentent de nombreux dangers qu'on ne peut connaître si on n'y a pas été sensibilisé préalablement. Comment une personne qui n'a jamais conduit peut-elle savoir qu'un véhicule ne s'arrête pas en un clin d'œil par exemple ? Elle ne le saura que si on lui a appris, soit à l'école, soit par des campagnes de sensibilisation, etc. Tous les utilisateurs de la route devraient en connaître les règles. Les automobilistes bien sûr mais aussi les piétons et les cyclistes par exemple. En outre, les professionnels de la route comme les chauffeurs de camions, de bus ou de taxis, devraient recevoir une formation encore plus poussée.
Opérer une répression sur les conducteurs est une chose efficace à partir du moment où ceux-ci on été formés correctement. Et qui oserait dire que l'épreuve du permis de conduire est suffisante pour affirmer qu'une personne est capable de se retrouver au milieu d'un flot de voitures, sur l'autoroute par exemple, et de savoir comment se comporter ? De même, qu'est-ce qui prouve que cette personne saura quoi faire en cas de manœuvre d'évitement ? Rien ! Il suffit que vous sachiez faire un créneau, un démarrage en côte et rouler à 30 km/h pour avoir votre licence. Cela explique le nombre d'accidents provoqués par des gens qui n'ont aucune idée sur l'attitude à adopter ni sur la rapidité de réaction qu'il faut avoir en cas de problème.
Vient ensuite l'état des véhicules. Une baisse des accidents passe aussi par un parc automobile en bon état surtout en ce qui concerne les organes de sécurité. Qui peut affirmer que le “Fitness” s'assure que les véhicules qui ne répondent pas aux normes seront interdits de rouler ? Des normes qui devraient être beaucoup plus sévères, car il ne suffit pas qu'une voiture présente bien pour être obligatoirement apte à rouler en sécurité.
Même la répression n'est pas adaptée. La vitesse et l'alcool sont évidemment des causes d'accident. Mais que dire des gens qui conduisent comme si la route leur appartenait ? S'arrêter en plein milieu du chemin parce que son téléphone sonne, rouler sur la voie rapide alors que la route est vide, laisser ses antibrouillards arrière allumés parce qu'on ne sait même pas que ça existe, doubler sur une ligne continue alors que des voitures arrivent dans le sens inverse. Et que dire des deux roues dont les feux ne fonctionnent pas et des learners ou des vélos qui empruntent l'autoroute. Rarement ces infractions sont punies. Pire, elles sont souvent la cause même des accidents. Alors ne vous étonnez pas si le nombre d'accidents ne réduit pas malgré vos radars et autres contrôles.
Il faut commencer par le commencement, former et éduquer les Mauriciens afin de voir des progrès. La répression n'aura jamais le moindre impact si l'éducation est inexistante.