22/06/2026
Réflexions Martiales d'un Hypnofighter #576 : L'Évolution du Judo
Saviez-vous que le judo a, en quelque sorte, tué un autre judo ? Lorsque Jigoro Kano a fondé le Kodokan Judo, il a choisi volontairement de retirer les techniques les plus dangereuses du jujitsu. Il estimait en effet que, tant sur le plan technique que moral, les anciens styles de jujitsu n'avaient plus leur place au sein de l'ère Meiji. Son intention était de développer un système éducatif et martial d'abord destiné aux Japonais, avant de le déployer à l'échelle internationale.
Dans cette transition cruciale entre l'époque féodale et la modernité, l'intégration du concept de dô (la Voie) est devenue l'élément déterminant pour affirmer la modernité et la supériorité institutionnelle du style de Jigoro Kano.
Pourtant, le mot « judo » lui-même existait bien avant le Kodokan, comme Kano le mentionne d'ailleurs dans ses propres écrits. Ce terme n'est pas une création de son cru. Il existait un style antérieur nommé le Jikishin-ryû Judo (que l'on retrouve également sous le nom de Jikishin-ryû). Ce système était principalement basé sur les techniques de frappe (atemi-waza) et comportait quelques projections. La philosophie de cette école reposait sur l'idée que le système devait s'adapter, guidé par des maximes telles que : « Le cœur et le corps sont la racine de toute technique. Suivre la voie de la bienveillance, de la modération et de la droiture naturelle, c'est cela le judo. »
Pour les maîtres du Jikishin-ryû, tout comme pour Kano par la suite, le combat réel n'était qu'un support à l'accomplissement de soi. Cependant, avec l'avènement et l'institutionnalisation du Kodokan au début du XXe siècle, le Jikishin-ryû a progressivement disparu. Le mot « judo » est devenu définitivement synonyme du formalisme imposé par le Kodokan. En raison de l'influence hégémonique de cette nouvelle organisation dans la région d'origine du Jikishin-ryû, le nombre de ses pratiquants s'est éteint. Aujourd'hui, seules quelques rares personnes tentent de faire survivre ce système technique ancestral, son expertise des atemi, et sa vision singulière du combat axée sur ce qu'ils nomment « l'immobilité dynamique ».