31/08/2017
Une chanson d'urbaniste ... (1982)
rue Rapin
1
Vers les tours
du vieux Tours,
seul’ relique
et merveille
de la vieille
basilique,
il y a,
près de la
plac’ des Halles
et du dôme
qui couron-
ne la salle
du tombeau
de ce bon
Saint Martin,
un’ ruelle
qu’on appelle
rue Rapin.
2
Rue Rapin
le potin
du vieux Tours
n’entre pas,
ou si bas,
que toujours
les autos
les motos
font silence,
dans cett’ voie
sans charroi,
et n’avancent
que lent’ment,
doucement,
stupéfiées
de la pierre
qui a l’air
d’ se méfier.
3
La venelle
est rebelle,
tortueuse ;
sous l’ondée
sa chaussée
tout’ boueuse.
Son pavé
délavé
se déboîte.
Ell’ dit zut
et puis flûte
aux rues droites,
à ces rues
dépourvues
d’ fantaisie
où tu vas,
laissé à
tes soucis.
4
Car cett’ rue
venue du
moyen âge,
te nettoie
des tracas,
de l’image
de détresse
qui se presse
dans ta tête.
Sur tes traces,
quand tu passes,
elle fête
cet humain
qui enfin
vient la voir,
et sans honte
ell’ raconte
son histoire.
5
Le murmure
de ses murs
te rappelle,
tout content,
qu’en son temps
ell’ fut belle.
Et la frêle
tourterelle
te roucoule
le chant du
temps perdu
qui s’écoule,
tout le long
des maisons
du gothique,
toutes nues
dans cett’ rue
sans boutique.
6
Prince dites
faites vite,
c’est certain :
rue Rapin
les coquins
de rupins
vont venir,
pour polir,
démolir
le tuffeau,
il vous faut
l’interdire.
Car souvent
j’y entends
le doux chant
des oiseaux,
mêm’ quand l’eau
tombe à seaux.