06/09/2021
Chute du président
Exit Alpha Condé. Désormais son nom sera conjugué au passé dans l’histoire politique de la -Conakry. Place à une transition militaire conduite par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, le commandant en chef du Groupement des forces spéciales (GFS), une unité d’élite créée, ironie du sort, par le même Condé.
Pour de nombreux analystes politiques, l’ancien opposant historique de la Guinée, qui a combattu les régimes répressifs d’Ahmed Sékou Touré et de Lansana Conté et lutté pour l’ouverture démocratique de son pays, a creusé sa propre tombe en opérant un passage en force pour un troisième mandat fortement contesté par l’opposition et la société civile guinéennes. Comme s’il voulait rattraper ses années de galère dans l’opposition et en exil, Alpha Condé n’a pas su résister à la tentation d’un changement de constitution par référendum pour un nouveau bail au Palais de Sekoutoureya en vue de continuer à j***r des délices du pouvoir, après deux mandats de cinq ans comme le prévoyait la Loi fondamentale. Pire encore, comme pour faire vivre ses trente années de souffrances aux autres, il procède à la répression et à l’embastillement systématique de tous ceux qui contestent publiquement et ouvertement son régime. Et pour ne rien arranger, sa gouvernance, en dépit de quelques progrès enregistrés au niveau de l’éducation, de l’énergie et des infrastructures, n’était pas des plus vertueuses. Toutes les conditions de maturation d’un renversement par la soldatesque étaient donc réunies. Et ce qui devait arriver, arriva ce dimanche 5 septembre 2021.
Alpha Condé n’a jamais été démocratiquement élu
Au-delà de ces éléments objectifs qui ont conduit à la chute de l’ancien leader de la puissante Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF), il ne faut pas oublier la racine du mal : Alpha Condé n’a jamais été démocratiquement élu comme on le fait croire. Pourtant, son élection a été validée, saluée et applaudie par les Etats et les organisations internationales.
En effet, lors de l’élection présidentielle de la République de Guinée tenue le 27 juin 2010, le Professeur Condé est arrivé 2è au premier tour avec 553 021 voix, soit 20, 67% du suffrage exprimé, loin, très loin derrière Cellou Dalein Diallo qui a obtenu 1 062 549 voix soit 39,72 %. Les autres prétendants au fauteuil présidentiel, notamment Sidya Touré et Lansana Kouyaté, arrivaient respectivement 3è et 4è avec 15% (417 261 voix) et 7,75% (207 389 voix).
Le second tour opposait donc Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé. La force de mobilisation du premier sur le terrain était si importante qu’il avait un boulevard devant lui pour être le successeur du capitaine Dadis Camara et du général Sekouba Konaté par la voie démocratique. Malheureusement des chefs d’Etats et des lobby, avec en tête l’ex- président du Faso Blaise Compaoré, avaient fait leur choix : Alpha Condé ou rien. Du reste, il a été pendant longtemps sous la protection de l’ancien locataire de Kosyam qui lui a offert le gîte et le couvert. Le « parrain » Blaise et d’autres soutiens tenaient à ce que leur « poulain » accède à la magistrature suprême coûte que coûte. Il s’en est suivi des tractions et des pressions énormes sur Cellou Dalein Diallo et d’autres acteurs pour faire de Condé le « roi » de la Guinée. Les habitués de l’hôtel Laico à l’époque en savent quelque chose puisqu’ils y voyaient défiler les acteurs politiques du pays de Sekou Touré venus à Ouagadougou pour recevoir des instructions de l’enfant terrible de Ziniaré.
Les Guinéens, après une longue attente, sont enfin appelés aux urnes le 7 novembre 2010 pour le second tour, soit cinq mois après le premier tour.
C’est à l’issue de ce scrutin arrangé qu’Alpha Condé a été déclaré président de la République avec 52,52% contre 47,48% pour Cellou Dalein Diallo. Voici comment Alpha Condé est arrivé au pouvoir : il n’a jamais été élu démocratiquement. Il n’avait donc pas la légitimité pour gouverner le pays. Et il le savait. Dès lors, il en était enragé et petit à petit, il s’est imposé par la répression, les menaces, les intimidations, la traque des adversaires politiques. Et comme il parvenait à ses fins en écrasant tout sur son passage, le Pr Condé a fini par croire qu’il était un demi-dieu et caressait sans doute le secret espoir de terminer sa vie terrestre au trône. Son réveil a été douloureux, son rêve est devenu un cauchemar.
Tant qu’on ne laissera pas le peuple s’exprimer librement pour choisir ses dirigeants, tant qu’on élira les chefs d’Etat par la triche et les arrangements, on sera confronté tôt ou t**d à une crise de gouvernance qui aboutit inéluctablement à un coup d’arrêt violent.
Le mal d’Alpha Condé était à la racine.