11/02/2025
𝐒𝐢𝐦𝐚𝐧𝐝𝐨𝐮 : 𝐥𝐞 “𝐜𝐚𝐝𝐞𝐚𝐮” 𝐝𝐞 𝟏𝟓 % 𝐪𝐮𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐜𝐨𝐮̂𝐭𝐞𝐫 𝐜𝐡𝐞𝐫 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐆𝐮𝐢𝐧𝐞́𝐞.
On dit souvent que la Guinée détient 𝟏𝟓 % 𝐝𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐢𝐜𝐢𝐩𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 dans le projet 𝐒𝐢𝐦𝐚𝐧𝐝𝐨𝐮, le plus grand gisement de fer inexploité au monde.
Sur le papier, c’est une victoire symbolique : un pays africain pauvre qui conserve une part d’un méga-projet mondial sans débourser un franc.
Mais derrière ce chiffre flatteur se cache une réalité bien plus complexe — voire piégeuse.
𝐐𝐮𝐞 𝐬𝐢𝐠𝐧𝐢𝐟𝐢𝐞 𝐜𝐞 “𝟏𝟓 % 𝐟𝐫𝐞𝐞 𝐜𝐚𝐫𝐫𝐲” ?
Le terme free carry veut dire que la Guinée 𝐝𝐞́𝐭𝐢𝐞𝐧𝐭 𝟏𝟓 % 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐬 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐢𝐜𝐢𝐩𝐞𝐫 𝐚𝐮𝐱 𝐜𝐨𝐮̂𝐭𝐬 de construction ni d’exploitation.
En apparence, c’est un avantage :
• pas de risque financier,
• pas d’endettement,
• et des dividendes promis une fois les bénéfices réalisés.
Mais cette “gratuité” a un prix caché : 𝐥’𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐧’𝐚 𝐩𝐫𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐮𝐜𝐮𝐧 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐝𝐞 𝐝𝐞́𝐜𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧.
Les partenaires étrangers — 𝐑𝐢𝐨 𝐓𝐢𝐧𝐭𝐨, 𝐖𝐢𝐧𝐧𝐢𝐧𝐠 𝐂𝐨𝐧𝐬𝐨𝐫𝐭𝐢𝐮𝐦 𝐒𝐢𝐦𝐚𝐧𝐝𝐨𝐮, et leurs 𝐚𝐥𝐥𝐢𝐞́𝐬 𝐜𝐡𝐢𝐧𝐨𝐢𝐬 — détiennent le reste des parts, donc 𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐨̂𝐥𝐞 𝐭𝐨𝐭𝐚𝐥 sur les choix stratégiques :
production, exportation, infrastructures, calendrier, et
même les contrats de sous-traitance.
𝐔𝐧𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐢𝐜𝐢𝐩𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐲𝐦𝐛𝐨𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐩𝐚𝐬 𝐬𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐚𝐢𝐧𝐞.
Avec seulement 15 %, la Guinée 𝐧’𝐚 𝐩𝐚𝐬 𝐝𝐞 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐯𝐞𝐭𝐨 𝐫𝐞́𝐞𝐥.
Les grandes décisions se prennent à la majorité (souvent 70 % ou plus), ce qui relègue l’État à un 𝐫𝐨̂𝐥𝐞 𝐝’𝐨𝐛𝐬𝐞𝐫𝐯𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫, non d’acteur.
Pire encore : les multinationales peuvent 𝐫𝐞́𝐝𝐮𝐢𝐫𝐞 𝐚𝐫𝐭𝐢𝐟𝐢𝐜𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐛𝐞́𝐧𝐞́𝐟𝐢𝐜𝐞𝐬 grâce à des montages comptables — transferts de prix, facturations internes, ou sous-évaluation des ventes.
Résultat : les dividendes versés à la Guinée peuvent sembler dérisoires face à la 𝐯𝐚𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐫𝐞́𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐮 𝐦𝐢𝐧𝐞𝐫𝐚𝐢 𝐞𝐱𝐩𝐨𝐫𝐭𝐞́.
𝐔𝐧 “𝐜𝐚𝐝𝐞𝐚𝐮 𝐞𝐦𝐩𝐨𝐢𝐬𝐨𝐧𝐧𝐞́”
Ce 15 % gratuit devient un 𝐚𝐫𝐠𝐮𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞, pas économique.
Les investisseurs étrangers peuvent dire :
“Regardez, nous partageons les bénéfices avec la Guinée.”
Mais en réalité, ils gardent 𝟖𝟓 % 𝐝𝐮 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐨̂𝐥𝐞 𝐞𝐭 𝟏𝟎𝟎 % 𝐝𝐮 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫.
Et pendant ce temps, la Guinée assume encore des coûts indirects :
• sécurité, routes et énergie,
• exonérations fiscales,
• tensions sociales dans les zones minières.
Bref, 𝐮𝐧𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐢𝐜𝐢𝐩𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐚𝐩𝐩𝐚𝐫𝐚𝐭, où le pays est présent dans les papiers, mais 𝐚𝐛𝐬𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐞́𝐜𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧𝐬.
# 𝐋𝐞𝐬 𝐯𝐫𝐚𝐢𝐬 𝐫𝐢𝐬𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐚̀ 𝐥𝐨𝐧𝐠 𝐭𝐞𝐫𝐦𝐞
𝟏.𝐏𝐞𝐫𝐭𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐚𝐢𝐧𝐞𝐭𝐞́ 𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞.
La Guinée risque de devenir spectatrice de sa propre richesse.
Les décisions sur la vitesse d’exploitation, le volume exporté ou la stratégie régionale seront prises ailleurs.
𝟐.𝐑𝐞𝐭𝐨𝐦𝐛𝐞́𝐞𝐬 𝐥𝐨𝐜𝐚𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐜𝐞𝐫𝐭𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬
Les 15 % n’assurent ni emplois stables ni industrialisation locale.
Le fer partira brut, les bénéfices iront ailleurs, et les régions minières resteront pauvres.
𝟑.𝐃𝐞́𝐩𝐞𝐧𝐝𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐚𝐜𝐜𝐫𝐮𝐞 𝐚̀ 𝐮𝐧𝐞 𝐬𝐞𝐮𝐥𝐞 𝐫𝐞𝐬𝐬𝐨𝐮𝐫𝐜𝐞
Si le prix du fer chute ou si le projet prend du re**rd, la Guinée perdra des années d’attente sans retour concret.
# 𝐂𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐚 𝐆𝐮𝐢𝐧𝐞́𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐭 — 𝐞𝐭 𝐝𝐨𝐢𝐭 — 𝐞𝐱𝐢𝐠𝐞𝐫
Pour transformer cette participation symbolique en levier réel, l’État doit :
- 𝐑𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐜𝐬 𝐭𝐨𝐮𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐚𝐭𝐬 pour renforcer la transparence ;
-𝐂𝐫𝐞́𝐞𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐞́𝐭𝐞́ 𝐦𝐢𝐧𝐢𝐞̀𝐫𝐞 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞 𝐟𝐨𝐫𝐭𝐞, capable d’investir dans les futurs projets ;
-𝐍𝐞́𝐠𝐨𝐜𝐢𝐞𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐥𝐚𝐮𝐬𝐞 𝐝𝐞 𝐦𝐨𝐧𝐭𝐞́𝐞 𝐞𝐧 𝐜𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥, où la part de l’État augmente selon la rentabilité ;
-𝐈𝐦𝐩𝐨𝐬𝐞𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐢𝐧𝐝𝐮𝐬𝐭𝐫𝐢𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐥𝐨𝐜𝐚𝐥𝐞 : fonderies, sidérurgie, formation technique ;
-𝐂𝐚𝐧𝐚𝐥𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐫𝐞𝐯𝐞𝐧𝐮𝐬 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐮𝐧 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐬 𝐬𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐚𝐢𝐧 réellement indépendant et bien géré.
𝐄𝐧 𝐫𝐞́𝐬𝐮𝐦𝐞́:
15 % gratuits, c’est comme être invité à un festin sans jamais pouvoir choisir le menu.
La Guinée a gagné une place dans la salle,mais 𝐩𝐚𝐬 𝐞𝐧𝐜𝐨𝐫𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐨𝐮̀ 𝐬𝐞 𝐝𝐞́𝐜𝐨𝐮𝐩𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐯𝐫𝐚𝐢𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐬.
Ce n’est pas une victoire à célébrer, mais un 𝐝𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐭 𝐚̀ 𝐬𝐮𝐫𝐯𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐩𝐫𝐞̀𝐬.
Le fer de 𝐒𝐢𝐦𝐚𝐧𝐝𝐨𝐮 peut être la 𝐜𝐡𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐮 𝐬𝐢𝐞̀𝐜𝐥𝐞 —ou 𝐥𝐞 𝐩𝐢𝐞̀𝐠𝐞 𝐝𝐮 𝐬𝐢𝐞̀𝐜𝐥𝐞.
Tout dépendra de la 𝐥𝐮𝐜𝐢𝐝𝐢𝐭𝐞́, 𝐝𝐮 𝐜𝐨𝐮𝐫𝐚𝐠𝐞 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐞́𝐠𝐢𝐞 de la Guinée dans les années à venir.